COUP DANS LE COEUR

Roberto Juarroz, poète argentin, fils de chef de gare, il grandit dans la pampa....belle introduction pour une biographie. Je n'irai d'ailleurs pas plus loin. Il suffit de lire l'écriture pure de Juarroz, comme une goutte d'eau dans laquelle se reflète la lumière. Nul besoin d'autres mots ou de quelque tentative critique que ce soit.
Toujours au bord
Toujours au bord.
... Mais au bord de quoi ?
Nous savons seulement que quelque chose tombe
de l’autre côté de ce bord
et qu’une fois parvenu à sa limite
il n’est plus possible de reculer.
Vertige devant un pressentiment
et devant un soupçon :
lorsqu’on arrive à ce bord
cela aussi qui fut auparavant
devient abîme.
Toujours au bord.
... Mais au bord de quoi ?
Nous savons seulement que quelque chose tombe
de l’autre côté de ce bord
et qu’une fois parvenu à sa limite
il n’est plus possible de reculer.
Vertige devant un pressentiment
et devant un soupçon :
lorsqu’on arrive à ce bord
cela aussi qui fut auparavant
devient abîme.
Hypnotisés sur une arête
qui a perdu les surfaces
qui l’avaient formée
et resta en suspens dans l’air.
Acrobates sur un bord nu,
équilibristes sur le vide,
dans un cirque sans autre chapiteau que le ciel
et dont les spectateurs sont partis.
qui a perdu les surfaces
qui l’avaient formée
et resta en suspens dans l’air.
Acrobates sur un bord nu,
équilibristes sur le vide,
dans un cirque sans autre chapiteau que le ciel
et dont les spectateurs sont partis.
in "Treizième poésie verticale"
N'est ce pas, Eminem
Plusieurs ampoules de suite
ont grillé dans la maison,
comme si un anachronique et obscur génie
traçait d'une craie noire
quelque inquiétant itinéraire
ou un message plus ou moins funeste.
Peut-être la sensibilité des choses
est-elle parfois plus grande que la nôtre.
Leur attention est plus grande :
les choses ne se laissent pas distraire par la vie
ni par la pensée.
Et sans doute captent-elles des messages,
des signes de connivence ou de complicité,
avec plus de fidélité que nous-même.
Le mutisme de la réalité
emprunte bien des chemins de traverse.
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Roberto Juarroz / dixième poésie verticale