
On peut être religieux et actuel, d'aucun dirait : libéral. Même en France. Pas au sein du catholicisme , non... pas tout à fait. Mais au sein du judaïsme. Minoritairement il est vrai, mais trois femmes rabbins françaises, dont Delphine Horvilleur, c'est déjà ça !
http://www.dailymotion.com/video/x8gcvm_madame-le-rabbin-1-2_news
Certes Delphine Horvilleur a été formée dans une yeshiva de New York. Elle y a été nommée rabbin en 2008, puis a rejoint le Mouvement Juif libéral de France. Ouf.
Forcément, il est tellement important qu'elle, femme et représentante de l'autorité religieuse, se dresse contre l'hégémonie masculine qui dirige l'interprétation fondamentaliste des monothéismes, dénonçant la soumission des femmes « génitalisées » réduites à un « être orificiel et tentateur » dominable par la pudeur imposée... (in "En Tenue d'Eve : Féminin, pudeur et judaïsme")
Pourtant, c'est une réflexion en particulier, qu'elle développe dans "Comment les rabbins font les enfants" que je tiens à vous partager.
À cette heure terrible des replis communautaires figés et violents, que signifie appartenir et transmettre ? "Contrairement à ce qu’affirment tous les fondamentalismes, la transmission d’un héritage ne doit pas être une réplication à l’identique. Elle dépend d'une infidélité partielle, garante de surgissements inattendus, aujourd’hui comme hier."
Madame le rabbin nous dit que la tradition n’est pas l’affaire d'ancêtres qui répètent, mais avant tout d’enfants qui questionnent.
Elle prend pour source Abraham, plus précisément le rapport difficile de celui-ci à son père. Son interprétation du verset de la Genèse où le père d'Abraham quitte Ur en Chaldée et où Abraham brise les idoles du père, est qu'Abraham a, non pas rompu, mais continué autrement le voyage commencé par le père.
Chacune de nos (ré)volutions contient celle de nos pères.
Delphine Horvilleur dénonce l'idée que les textes sont figés, qu'ils auraient parlé une fois pour toute. Elle nous dit qu'être fidèle à la tradition c'est au contraire lire et interpréter encore et encore, et qu'en réalité ce qui rend le texte sacré, c'est qu'il n'a jamais fini de dire, pour autant qu'on le fasse dire autrement et à nouveau. C'est en cela qu'il est vivant, et sacré, comme la vie est sacrée.
Quand les juifs trinquent ils disent "Lechaim" : c'est un toast "A la vie".
Alors "A la vie !"
Sonia Grdovic aux Urbains de Minuit, et aux autres