
Je rêve depuis de très longues années, d’être une femme-enfant. .
Vous savez, ces femmes qui ont une petite voix d’enfant en s’adressant aux autres. Ces femmes frêles toujours entourées.
Ces femmes qui ne savent rien faire.
Mon œil, elles pourraient faire mais, si elles avouent qu’elles savent visser, déboucher un évier, changer une ampoule, prendre rendez-vous chez le garagiste, elles se mettraient au rang des femmes fortes.
Et, il n’en est pas question.
Je veux être une femme faible, une femme geignarde, qui se plaint constamment de petits maux, de faux maux ; à qui on dit avec une douce voix (faut jamais apeurer les femmes -enfants) ne bouge pas, je sais que tu es fatiguée, je vais le faire.
Femme ou enfant ?
Je veux être une femme qui, dès qu’elle est enrhumée est mourante et se met au fond de son lit, en expliquant aux autres qu’elle est trèèèès malade.
AH bon ? Mais ce n’est qu’un rhume !
Et pendant que cette femme-enfant paraît si faible, si petite dans son grand lit, que tout le monde s’affole en prenant des nouvelles de « la malade » absente, il y a les femmes dites fortes de caractères.
Vous savez celles qui n’ont pas le droit d’être malades, celles qui n’ont pas le droit d’avoir des faiblesses ou des accidents de la vie. Celles dont les amis, les enfants refusent de les voir malades et à qui on crie « lève toi et marche ».
Celles qui ont un rhume juste un rhume, pas de quoi se mettre au fond du lit dans le noir en pleurant, je suis malade.
Je veux être une femme faible à qui on apporte une tisane dès qu’elle annonce d’une voix mièvre : « j’ai un peu froid, je suis fatiguée, je me demande ce que j’ai. »
Je rends mon statut de femme forte qui n’a jamais de souci, qui écoute et n’est jamais écoutée.
Je ne veux plus être cette femme, cette amie qui a bien tentée de dire, s’il vous plait écoutez moi, j’ai des soucis, des peines, et envie de leur hurler avec un porte-voix : JE NE VAIS PAS BIEN.
Savez-vous la réponse que j’ai eue ? Toi, tu as des soucis, tu ne vas pas bien ? Non, c’est impossible….
Je voudrais mesurer 1m,50 et peser 40 kgs, être si fluette que l’on pense, attention, elle est si fragile, qu’elle va s’envoler au moindre coup de vent.
Comment voulez-vous qu’un femme qui mesure 1,68, avec des épaules d’ancienne nageuse, qui marche dans la rue, comme un militaire, le nez au vent, regardant bien droit donne envie d’être protégée ?
Souvent je me suis dit que, peut-être si j’avais été une femme-enfant, une femme qui geint avec une voix doucereuse, mon ex-mari ne serait pas partie. Savez-vous avec qui ? Une femme qui geint, qui pleure, une femme-enfant quoi.
Je vous livre un secret ? Je n’apprécie guère la compagnie des ces femmes-enfants bien qu’elles attirent les regards masculins. Ces femmes qui ont un lacet défait et qui se retrouvent avec une nuée de messieurs à leurs genoux pour se disputer la godasse, même si elle est mal cirée.
Pendant ce temps, la femme forte, elle...« Madame, votre lacet est défait. »
J’ai décidé de ne plus mettre de chaussures à lacets.
Claudie, aux Urbains de Minuit
super article