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Numéro 61 - 07 septembre 2016
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Esclaves oubliés de Tromelin, et d'ailleurs

Le 24 avril 2015 sort une bande dessinée pas comme les autres. Je veux dire, TRES particulière. Son auteur, Sylvain Savoia l'a conçue et dessinée sur l'Ile de Tromelin en 2008, pendant une des campagnes de fouilles à laquelle il a participé. L'île  de Tromelin est une riante île française de l'océan Indien appartenant au  poétique district des îles Éparses de l'océan Indien, rattachée aux Terres australes et antarctiques françaises, les TAAF. Have a look...

Depuis 2006, le Groupe de Recherche en Archéologie Navale y mène des campagnes de fouilles archéologiques, sous-marines et terrestres. Pourquoi ? Parce qu'il y a bien longtemps, quatre vingt esclaves rescapés d'un naufrage y ont été abandonnés. Pendant 15 ans. L'archéologie de la détresse.

"Parti de Bayonne le 17 novembre 1760, l’Utile, une flûte de la Compagnie française des Indes orientales, s’échoue le 31 juillet 1761 sur l’île de Sable (aujourd’hui Tromelin), un îlot désert de 1 km². Elle transporte des esclaves malgaches, achetés en fraude, et destinés à être vendus à l’île de France (l’actuelle île Maurice). L’équipage regagne Madagascar sur une embarcation de fortune, abandonnant quatre-vingts esclaves sur l’île avec trois mois de vivres et la promesse de venir les rechercher. Cette promesse ne fut pas tenue et ce n’est que le 29 novembre 1776, que l’enseigne de vaisseau de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, sauve les survivants : sept femmes et un bébé de huit mois." (présentation de l'éditeur)

Le cadre historique est celui de l'esclavage dans la France de Louis XV et de la « Compagnie perpétuelle des Indes ». Les Empires d'Occident, l'Angleterre, la Hollande, la France se tiraient la bourre sur les mers -  beaucoup de bénéfices de l'import export en général, et de la traite des noirs en particulier. Tout ceci rapportait tellement d'argent aux rois, aux compagnies, aux armateurs, aux vendeurs, aux acheteurs, il y avait tellement de fraudes, qu'après la  Compagnie des Indes orientales créée par Jean-Baptiste Colbert en 1664, la Compagnie perpétuelle des Indes  fut également dissoute.

Ces esclaves abandonnés avec la promesse d'être bientôt sauvés ne l'ont pas été, parce que, officiellement, administrativement, ils n'existaient pas. Soixante Comtes de Monte Cristo. Noirs. Leur sauvetage et la connaissance de cette tragédie a fait à l'époque, en 1776, un tel scandale qu'elle a notablement influencé l'abbé Grégoire et les abolitionnistes, à l'orée de la Révolution française.

En 2009, l'archéologue malgache Bako Rasoarifetra, qui n'avait jamais entendu parler de cette histoire tant la mémoire de l'esclavage sur les terres qui en ont été victimes est tabou, a pu  se joindre à la troisième campagne de fouilles :

«Imaginez-vous ces esclaves, raconte l’archéologue malgache, ils sont sous le coup de quatre chocs psychologiques. Libres, ils avaient été volés et réduits à l’esclavage ; puis ils ont échappé à la mort et à la noyade lors du naufrage ; ensuite, il leur a fallu survivre sur cette île déserte alors que probablement certains d’entre eux n’avaient jamais vécu près de la mer mais, sur les Hautes Terres Centrales de Madagascar ; abandonnés, ils se retrouvaient comme emprisonnés au milieu de l’océan, dans une attente interminable.»

Les découvertes des archéologues nous bouleversent. Ces hommes et femmes ont inventé une société nouvelle, une manière de construire, une manière de fabriquer, une manière de vivre ensemble, de manger, sur cet îlot épars, eux qui venaient des Hauts Plateaux.....«Pour les Malgaches, ne plus avoir d’activité, ne plus travailler c’est être mort. Et les fouilles ont prouvé que ces anciens esclaves avaient mis toutes leurs forces pour combattre et vivre à tout prix», analyse Bako Rasoarifetra. En se servant de ce qu'ils savaient faire : en se souvenant des constructions  en pierre pour leurs morts,  ils ont construit en pierre pour les vivants ; les femmes ont laissé pousser leur cheveux et les hommes leur ont fabriqué des pointes-déméloirs, en cuivre s'il vous plait...

«Nous, les femmes malgaches, avons pour tradition de séparer nos cheveux avec cet outil que les hommes nous offrent. Or les femmes esclaves avaient la tête rasée ; rendues à la liberté, elles ont donc laissé pousser leurs cheveux et les hommes leur ont confectionné cette pointe-déméloir. C’est, à mes yeux, un symbole ultime de liberté sur cette île loin de tout !»

«Il y a une réticence à parler de l’esclavage à Madagascar. Dans le cas des esclaves de Tromelin, c’est encore plus vrai car ce ne sont pas des andevos qui ont été vendus mais des "Noirs java", descendants malgaches d’Indonésiens provenant des Hauts-Plateaux. De plus, les organisateurs de ce trafic étaient eux-mêmes des habitants des Hautes Terres, ce qui veut dire que l’esclavage était sans doute plus pratiqué et répandu qu’on ne le croit», explique Max Guérout, le chef de mission.

...des descendants d'Indonésiens....

http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/indonesie-des-milliers-de-pecheurs-etrangers-retenus-en-esclavage

L'histoire n'épuise jamais  la vilolence des hommes.

 

 

Sonia Grdovic, aux Urbains de Minuit

sources : http://www.slateafrique.com/

              http://www.cnrseditions.fr/archeologie-prehistoire/7176-tromelin.html

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2 commentaires
Le 0000-00-00 00:00:00 par dom corrieras
Bien ! Muy bien, même.
Le 0000-00-00 00:00:00 par etzel etzel
"Muy bien, muy bien" - "Hombre, yé fais cé qué yé peux", répond l'infortunée... Trêve de plaisanterie. Voilà donc, une fois de plus, un article qui ne nous laisse pas sur notre faim et conduit à réfléchir sur le fond des choses, à certains aspects brûlants de l'actualité et, soyons lucides ;-) , de l'histoire elle-même. Ces malheureux, abandonnés à leur sort, victimes du cynisme de leurs transporteurs, rappellent évidemment les actuels naufrages en Méditerranée. Merci, Oncle Sam, d'avoir fomenté les "printemps arabes". Désormais, les pays concernés n'ont plus aucune chance, ni de recouvrer leurs anciens mode de vie, cultures, traditions et civilisations, ni de se développer selon le modèle occidental imposé et devenir des concurrents crédibles, qui sait?... Donc, tout bénef. De plus, encore tout bénef pour l'Oncle Sam, l'afflux de réfugiés vers l'Europe déstabilise celle-ci encore un peu plus: faut-il les accueillir et donc puiser dans des finances qui se tarissent, faisant monter encore un peu plus la cote de la fille Le Pen, ou bien faut-il les canonner et encourir alors les foudres de l'opinion internationale? Mais il existe peut-être un sage moyen terme: en faire disparaître un maximum ni vu ni connu, et n'en sauver que quelques centaines, à grand renfort de publicité larmoyante. Hypocrisie, quand tu nous tiens... Comme les Latins, demandons-nous souvent: "Cui prodest?", à qui ça profite?

On avait promis à ces malheureux qu'une expédition viendrait les rechercher... Promesse non tenue, parmi tant d'autres. L'actualité (visite ministérielle à Sétif) nous donne l'occasion d'un petit flash-back concernant l'Algérie et l'Indochine, auxquelles le gouvernement français avait promis l'indépendance, ou du moins une certaine autonomie, en échange de la fourniture de chair à canon pour les réjouissances de 1940 - en 1914, pas besoin de promesses, on était allé chercher la viande directement dans les bleds et les villages africains, manu militari. La promesse non tenue et les révoltes qui s'ensuivirent ont eu les conséquences que l'on sait.

Ne faisons pas d'angélisme: l'esclavage a toujours existé. Il fut pratiqué d'abord par les Africains eux-mêmes, puis par les Arabes, qui prirent le contrôle de ce commerce encore bien prospère aujourd'hui, que ce soit dans les émirats ou... certaines entreprises occidentales opérant entre autres en Extrême Orient. L'idéologie dominante de l'antiracisme et du "vivre ensemble", quant à elle, n'est que le cache-sexe d'une entreprise monstrueuse qui tend à laminer toutes les particularités, à les broyer dans un "melting-pot" destiné à produire une sous-humanité décervelée, uniformisée, hyperconnectée, contrôlée, entièrement dépendante des grands acteurs économiques et se nourrissant de Shitburger, de foot(re) et de télé-réalité. Un système effectivement esclavagiste face auquel nous ne pouvons rien, si ce n'est imiter les malheureux esclaves de Tromelin qui, pour survivre, développèrent ce génie qu'on trouve le plus souvent chez les plus modestes - qui ne le sont qu'apparemment.

Ces esclaves abandonnés sur l'île de Tromelin sont l'image de ce qui nous attend, noirs, blancs ou jaunes. "Vivre ensemble" aurait consisté à au moins venir les rechercher, puis à leur offrir peut-être une autre condition que l'assujettissement. Bon, quand même, à condition qu'ils ne fument pas, qu'ils ne picolent pas, ne se couchent pas sur les bancs publics, ne marchent pas sur les pelouses de la coulée verte, ne fassent pas de feu de bois dans leurs cheminées, ne cultivent pas de légumes en milieu urbain (surtout celui de minuit!), et votent docilement. Mais patience, crapules sans foi ni loi... Bientôt, les dieux auront soif.
Numéro : 52 -