
Un repas, devrais-je dire une beuverie de retrouvailles avec une vieille amie, et plein d'autres, on se connaît ou pas, on se retrouve, on se reconnaît, on se rencontre. Il y a cette petite bonne femme gouailleuse, toute simple toute ronde toute directe...Blabla tu fais quoi, moi je suis prof de français pour les étrangers, ah moi aussi mais en anglais et je fais des traductions.... alors je parle un peu boutique.... je tique vite "financièrement tu t'en sors toi ?" elle sourit baisse les yeux tripote son assiette....ma vieille amie lui balance un "allez dis lui, je t'avais prévenue qu'avec Maria ça tiendrait pas longtemps..."
"Je suis prostituée. Je me prostitue. Je suis pute quoi."
Alors je lève les sourcils un peu haut, je la regarde, un ange passe (sans traîner).
"D'ailleurs là je sors de chez un client"......
La vieille amie me regarde, très amusée, et moi d'un coup d'un seul je traverse (last but not least) cette illusion tacite fabriquée par la bêtise, qui me dit que la société est constituée de petites cases. Alors que c'est ça la vie, y'a pas d'un côté les putes, et de l'autre les copines. Bon sang mais c'est bien sûr, j'ai compris, j'espère pour de bon, un sacré truc. D'ailleurs j'ai appris plein de choses ce soir là, des histoires de liberté, d'amour, d'hommes, d'argent, de femmes... j'ai appris l'élégance, et aussi que la vulgarité n'est pas là où les préjugés la mettent, que c'est même exactement le contraire.
PS : elle est aussi poète, et pas qu'un peu, mais je tairai cette fois son nom.
Maria Ceresa, aux Urbains de Minuit
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