
(image : source inconnue de nous)
Le simulacre est un concept troublant.
Le simulacre prend racine dans "simulo" : rendre semblable.
Son sens se cristallise vers le 1er siècle avant JC en un drôle de paradigme.
1/ le simulacrum était une représentation humaine (objet, image) - il est notable que Ciceron emploie ce terme pour reporter un rite gaulois "D’autres ont d’immenses mannequins (simulacra) aux membres d’osier tressé qu’ils remplissent d’hommes vivants ; ils y mettent le feu et ces hommes périssent enveloppés par les flammes. Ils croient que le supplice de ceux qui sont convaincus de vol, de brigandage ou de quelque autre crime est celui qui plaît le plus aux dieux immortels (Caesar) "
2/ Le simulacre est par ailleurs, également à sa source latine, mais épicurienne, un spectre :
"De tous les objets, il existe ce que nous appelons les simulacres : sortes de membranes légères détachées de la surface des corps, et qui voltigent en tous sens parmi les airs. Dans la veille comme dans le rêve, [...] nous apercevons des figures étranges ou les ombres des mortels ravis à la lumière; souvent elles nous arrachent du sommeil, tout frissonnants et glacés d'effroi. " (Lucrèce, IV, 33-45, 1er siècle av JC)
3/ ce qu'une chose semble être, ou apparence qui prétend valoir pour cette réalité elle-même. C’est là, du moins, le sens grec d’ eidôlon(εἴδωλον), qui a donné idole en latin, qui se traduit aussi par simulacre.
Il s'oppose à l’icône (eikôn, εἰκ�?ν), la copie : la copie renvoie toujours à l’imitation du réel, sans dissimuler celle-ci.
4/ SIMULACRUM ALICUJUS PINGO, IS, ERE, PINXI, PICTUM, CICERO (Cicéron) : faire le portrait de quelqu'un
Au 1 siècle après JC, dans la même famille ethymologique, nous voyons arriver
Mais nous sommes bien loin du 1er siècle : nous en avons 20 de plus au compteur.
Ce beau simulacre, cette belle simulatrice, qui vivaient tout près des dieux, sont aujourd'hui des imposteurs, dont l'unique moyen de réussite est de faire disparaître l'original, l'authentique, en en détruisant jusqu'au souvenir.
Pour cela l'éthymologie est très précieuse, comme ce petit exercice de l'Abécédaire, on ne le dira jamais assez.
Ainsi que l'archéologie, et l'histoire, et toutes sciences de mémoire.
Elles sont un chemin pour retourner auprès de ces dieux, que notre langue continue à transporter.
Si vous souhaitez filer la réflexion, ouvrez Baudrillard "Simulacre et simulation", aussi "Le crime parfait" et questionnez son défi philosophique : non plus se poser la question de Leibniz « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?», mais bien plutôt : « Pourquoi y a-t-il rien plutôt que quelque chose ?»
Sonia Grdovic, aux Urbains de Minuit