
photo : Alessandro Biancheri
A Nice, loin des galets et du monoï de la Promenade des Anglais, il y a les rochers.
Loin des touristes, il y a les gosses. Les gosses et leur peur. Les gosses et leur défi, en vrai : un défi entre les rochers, le vide, la mer, et eux.
Il y a "le Plongeoir". Ils montent tout en haut, s'assoient, se lèvent, regardent en bas, avancent, reculent, s'assoient. Faut pas réfléchir. Si tu réfléchis trop tu n'y vas pas. Un peu comme en amour. Un peu comme pour tout ce qui compte vraiment.
L'année scolaire est derrière eux, ils ont entre 13 et 18 ans, pas de vacances : pas grave.
"Elle est bonne ?
Sûr ?"
Il y a ramadan, il y a les filles, le foot.
Mais il y a mieux.
Sauter. Ou pas. Se montrer. C'est le jeu. Sauter. Et puis après, remonter. Et se dire "Mais pourquoi j'ai eu peur ?! Je l'ai fait ! Je peux oui ! "
Des filles, il y en a qui sautent. Pas beaucoup. Et pas beaucoup avec les garçons. Trop de pression. Elles ont leurs défis à elles, leur rythme, leur respiration, leurs rochers.
Moi je les regarde. Je songe à mes sauts. C'est difficile de sauter en premier. C'est toujours le plus difficile. Personne à dépasser.
...en plus, tu ne sais même pas si elle est bonne...
Sonia Grdovic, aux urBains de minuit et de midi