
Il y a deux semaines, nous théorisions ensemble ce qu’était l’artocratie. Je vous replace dans le contexte pour les nouveaux arrivants, l’artocratie (pouvoir à l’art) est un système sur lequel fonctionne une société qui place l’essentiel de son idéologie sur le développement de l’esprit individuel et collectif à travers l’art.
L’artocratie est un régime politique qui a du mal à se mettre en place dans notre société hiérarchisée, étant donné qu’il se détache de toutes organisations sociales dirigée par une élite (vous pouvez dire ce que vous voulez, même si en France nous sommes en démocratie, nous n’en sommes pas moins une oligarchie). L’artocratie prône l’autocratie influencée par un seul et unique pouvoir, celui de l’art. Une utopie certes mais une utopie qui, si elle ne peut pas s’incruster au sein des gouvernements, ne se gêne pas pour les dénoncer.
C’est le cas d’un projet, proposé il y a 3 ans, par le Street Artiste JR, intitulé Inside Out, et qui a donné lieux à L’Artocratie en Tunisie.
http://www.jr-art.net/fr/projets/artocratie-en-tunisie.
Pendant le printemps arabe en 2011, les portraits du président tunisien Ben Ali, affichés dans les rues des villes de la Tunisie, ont été arrachés pour être remplacés par les visages de cent citoyens, pris en photo par six photographes tunisiens. Cela faisait plus de cinquante ans que les photos des dirigeants habillaient les murs et les panneaux en Tunisie.
L’artocratie de JR, illustrée par cette volonté de remplacer la frimousse froide et renfrognée des dictateurs par une mosaïque représentante du peuple tunisien, est devenue le symbole post-révolutionnaire arabe. Le peuple reprend le contrôle de son pays et donc de son destin par le biais de l’art contemporain.
L’expo urbaine a eu lieu le 20 Mars 2011, date symbolique de l’indépendance de la Tunisie, sur les monuments emblématiques et dans les lieux populaires des villes de Tunis, El Jem et Sidi Bouzid. Elle a donné lieu à la publication d’un livre « JR/Artocratie en Tunisie », édité en Tunisien, en Anglais et en Français chez Cérès édition (Tunisie) et Alternatives éditions (France).
Le mot de la fin : l’artocratie est en marche et prend le visage de nos revendications, de nos espoirs de changements, de nos actes, elle est visible sur les œuvres urbaines illicites et elle est transmise par les mots d’Hakim Bey. L’artocratie n’a pas besoin de bulletin d’élection, chaque individu en est le représentant. Quand un artiste fait de la politique, c’est une artocratie. Lorsque Marcel Duchamps à franchis la porte du BHV, c’était une artocratie. Lorsque Delacroix a laissé apparaitre le sein de Marianne, c’était de l’artocratie. Au moment où Reporter sans frontière a publié sur le net ses photos des dictateurs vous faisant un fuck, c’était pour l’artocratie.
Nydenlafée, Artocrate et fée Urbaine.