
Lettre H pour : Homéostasie
L'homéostasie est d'abord la qualité biologique qui permet à un système vivant de se maintenir en équilibre dynamique grâce la mise en jeu de différents types de régulations, sous des contraintes environnementales très diverses.
Deux définitions données par l'école de Palo Alto permettent de préciser cette notion, (Marc et Picard, 1984) :
- L’homéostasie désigne un système auto-régulé, qui réagit à toute perturbation d'origine interne, ou provenant de l'environnement, par une série de mécanismes régulateurs qui ramènent l'ensemble à un équilibre provisoire. C'est l'une des caractéristiques les plus importantes des systèmes ouverts complexes, qui se retrouve particulièrement dans les systèmes biologiques, écologiques, ou sociaux… (p. 26)
- L'homéostasie est le fait, pour un système, d'être capable d'exercer des effets auto-correcteurs sur les éléments internes, favorisant le retour à un certain équilibre, et d'assurer ainsi une relative stabilité renouvelée. (p. 87)
Simple : manger quand on a faim, boire quand on a soif, suer quand on a chaud, pisser pour éliminer, respirer au ryhtme du coeur et des émotions qui l'accélèrent...en un mot se réguler. Les hormones sécrétées par les différentes glandes du corps ainsi qu'une partie du système nerveux sont les éléments majeurs de ces phénomènes de régulation. Rien que ça, c'est pas de la tarte. Car il ne s’agit pas d’adaptations comportementales aux variations de l’environnement, mais bien de la dynamique d’ajustements permanents internes d'un système ouvert et complexe, dont la vitalité créative et rétroactive assure l'équilibre toujours nouveau, constitué de déséquilibres successifs.
Puis, élargir le concept. Passer de l'équilibre organique d'un individu à celui d'un écosystème (diversité des organismes vivants dans le même milieu), dépendant de sa capacité à éviter l’extinction, ou au contraire l’explosion démographique, de certaines de ses espèces suite à une perturbation. L’homéostasie s’améliore lorsque la complexité augmente, mais jusqu’à une limite à partir de laquelle ce n’est plus le cas. En effet, si la complexité dépasse un certain niveau, l’homéostasie diminue.
L'homéostasie est un phénomène RETROACTIF j'insiste.
Puis passer de l'homéostasie d'un écosystème, à l'homéostasie d'un sociosystème, de n'importe quelle taille pourvu que ce soit un système ouvert et complexe, dans lequel l'obtention de l' équilibre relève de la mise en jeu de régulations rétroactives dynamiques (la famille par exemple....). Cependant il faut établir une nuance : lorsque la régulation par rétroaction disparaît, on ne parle plus d'homéostasie mais de régulation en tendance. Une régulation en tendance n'est pas une régulation, c'est l'installation durable d'un déséquilibre grandissant : comme pour le jeu de « mikado », il s'agit d’ANTICIPER ce qui va se produire si l’on ajoute ou si l’on enlève une baguette du tas, rompant ainsi son homéostasie, qui dépend essentiellement des baguettes clés.
Puis passer de l'équilibre du milieu intérieur organique, à l'équilibre d' autres systèmes intérieurs : conscient, inconscient, subconscient, passer à l'homéostasie psychique.
A ce stade de la démonstration, j'insiste sur ce point : l'homéostasie est la QUALITE d'un système, elle n'est pas LE système. L'homéostasie ne peut bien sûr pas agir sur l'environnement et le modifier, alors que le système vivant, ouvert, et complexe, par son comportement, oui. Pour retrouver la possibilité de son homéostasie.
L’homéostasie psychique par extention du concept pourrait être d’une part individuelle, d’autre part collective. Que ce soit pour la personne (homéostasie intrapsychique) ou pour le groupe (homéostasie intersubjective), elle désignerait les ajustements intérieurs personnels permettant la création d’équilibres tout aussi intérieurs, provisoires et évolutifs qui permetttent l'action, face au surgissement d’une émotion, ou sous l’effet d’une pulsion. La « décharge de la tension », sa transformation médiatisée, crée un nouvel équilibre de l’individu ou du groupe. L’homéostasie psychique assurerait ainsi la protection de l’intime du sujet, autant que l’expression, ajustée au contexte, au temps et au lieu, de son identité en quête.
L'artiste est un être à l'homéostasie dilatée.
Il est donc, toujours, en bonne santé, sauf quand le déséquilibre de son environnement exagère.
Dans ce cas là il meurt.
C'est aussi simple que ça.
Sonia Grdovic
aux Urbains de Minuit et de midi