
Ces jours-ci, il n'y a pas que nos chères têtes blondes, brunes, rousses, pouilleuses qui font leur rentrée, non hélas...
Après leur 2 semaines all inclusive à Djerbah, 399 euros vol A/R compris, nos petits chéfaillons ou du moins, ceux qui aimeraient bien l'être, recommencent à polluer l'espace public des brasseries du centre-ville, grossir le troupeau de mécontents chroniques des transports en commun, brûler à crédit les energies fossilles dans des embouteillages d'autos, à crédit zaussi. "Je ne dis pas que ce n'est pas injuste, je dis seulement que ça soulage !" ( sic Théo dans "Les tontons flingueurs")
Ce sont eux qui planqués derrière leur téléphone, vous rappelle qu'il n'y a plus d'argent sur votre compte, qu'il y a trop de ci, pas assez de ça, et avec les manières en plus. De ce petit pouvoir qui leur est temporairement attribué, comme une revanche sur leur vie, ces petits cravateux, ces minables tailleurs simili-Chanel, en profitent pour vous humilier. Pas tous non, mais quand même, la pratique se généralise...
Midi, centre-ville, la meute composée de 4 à 8 individus se dirige vers une brasserie "formule express à treize euros cinquante". A sa tête le mâle Alpha (pour cette fois car on sait depuis Tatcher que quand une femme se met à vouloir être aussi con qu'un mec, elle y arrive haut la main), bonne taille, belle présence, costume impeccable, regard un peu ailleurs loin des contigences. Viennent ensuite, l'adjoint rondouillard et jovial aux cravates approximatives. Le senior, psycho-rigide aux mains moites et qui n'a pas grimpé dans la hiérarchie, la vamp quinqua très soignée qui se sent trop à l'étroit dans cette agence, le petit roquet branché aux dents longues et au QI à 2 chiffres, la jeune bimbo porno chic et enfin la déléguée syndicale rigolotte et bruyante aux lunettes fantaisie et aux chemisiers criards.
Si vous vous trouvez coincés à côté d'une de ces tables de petits chef de succursales : fuyez pauvres fous ! Il n'y a pas plus indigeste , plus démoralisant que de subir la logorrhée de ces ectoplasmes en sursis, en train de se disputer leur maigre part d'infini, à coup d'argument, à coup de tirades, de blagues salaces, de petites glorioles invérifiables : des "tu verrais comme je te l'ai mouché le commercial de...", "avec moi c'est comme ça et pas autrement", "il va apprendre à me connaitre le gars de la compta", "je l'ai toujours dit", "j'ai toujours pensé", "les affaires sont les affaires", "comment voulez-vous travailler avec un gouvernement pareil...".
Je bénis les livreurs de sushi, de slow-food ou de bagels bios qui maintiennent ces cloportes derrières leurs minables bureaux à la pause de midi, ainsi que les gymnasiums des centre-ville qui prennent le relais sur l'heure gagnée du repas. Au moins on ferme sa gueule sur un vélo elliptique et quel calme pour les oreilles des gens normaux.
Amen !
Dans les transports en commun :
Si le malheur vous poursuit jusques dans les voiture bondées d'un Ter ou d'un TGV, pauvres poissards que vous êtes, vous voilà face au sous-chef de bureau dont le maigre salaire l'a repoussé en pavillon de banlieu, qui partage une partie de son trajet de retour avec la fille timide de la compta. Elle, secrètement admirative, rapport à son mari qu'est artisan, lui "qui aimerait bien avoir l'air", comme disait le Grand Jacques, et qui malgré toutes les petites brimades de la journée, des demi-défaites, les petits compromis, va nous inventer une histoire où il ne s'en laisse pas compter, où il a les coudées franches et où a lui seul, et en une seule journée, il a sauvé la boite...tout ça en parlant à haute voix pour que ça n'échappe à personne. "Alors, tu descends là..." "Oui Roger, comme tous les jours" , "Ben alors, à demain, à la machine à café..."
Deuxième version : la version TGV . C'est fou dans un seul TGV, combien l'on peut trouver de Steve Jobs au mètre carré. Des self made men partout, portables collés à l'oreille, parlant haut, pour eux vous n'existez pas.... à croire que leur jet privé a encore dû passer à la révision. Ils sont vendeurs de voitures d'occasions, ingénieurs en tuyaux plastiques, experts en roulements à bille... des enfants quoi. (http://www.lesurbainsdeminuit.fr/coups-de-coeur-et-autres-coups?ac_id=3773)
Une fois retournés dans leurs foyers respectifs, nos pauvre petits chef, tous niveaux confondus, ils sont comme les autres, avec leurs problèmes, leur bobos aux coudes, leurs gosses qui braillent...ça en devient pathétique quand par hasard vous les croisez hors de leur petits agencements fantasmés. Pour peu , ils seraient comme nous, les autres... mais c'est vrai qu'on doit s'avouer à soi-même, et moi le premier, que par certains aspects, on leur ressemble parfois un peu...nous aussi.
Edmond Dantesque aux Urbains de Minuit, et de midi
D'habitude j'aime beaucoup la ligne éditoriale des Urbains, mais là ...