
ou l’hospitalité mise à nue par ses délégataires
18 juin 2014, 12h34, 37 avenue Jean-Médecin : des ouvriers de la métallerie Cappellini finissent de poser une grille tout autour des marches et parvis de la Basilique Notre-Dame pour en policer l’accès.
Repère baroque de marginaux, demandeurs d’asile, punks à chiens, touristes en tongs et autres amateurs de liqueurs maltées clopinants, il semblerait que l’Eglise et de la Ville aient pactisé pour faire affront à leur principe fondateur : l’hospitalité.
Car après la suppression de quasi-tous les bancs de l’avenue Jean-Médecin, suite à l’aménagement du tramway, l'émarchement de la Basilique Notre-Dame restaient le seul endroit où se poser sans avoir à consommer à une terrasse de café.
Invasions barbares vs image touristique. C’est vrai quoi, on a investi des millions dans le ravalement de façades et la mise en lumière de l'église Notre Dame, et tous ces clodo sur la photo, ça gâche la carte postale ! A Nice, l’aménageur c’est aussi le touriste. Si un aménagement menace le vivre-ensemble, mais qu’il est performant en terme de bling-bling touristique, alors c’est bingo pour bling-bling.
Tactique soft punitive. Si vous les parias persistez à vouloir vous installer sur les marches, alors vous serez exposés derrière des grilles. Mise en scène sordide: mise en cage de la faune locale, mise en distance de l’obscène. L’urbain zooifié. Toi le paria, si tu persistes à te comporter comme un animal social, tu apparaîtras comme un animal de cirque ! Derrière ta grille tu ne feras plus peur aux enfants et aux serial shoppers qui veulent planer massivement sur leur nuage de consommation. Bientôt peut-être un panneau : « Ne pas nourrir les bêtes, ne pas jeter de cacahuètes ».
Trahison publique. La prolifération de dispositifs de prévention situationnelle (aux abords des résidences, commerces, équipements publics, etc) nous alerte. L’esprit de la cité (cohésion sociale, hospitalité, convivialité) est menacé par ceux-là mêmes qui devraient en être les garants par délégation (élus, agents de la puissance publique). Si il y a une corruption des élites, c’est celle-ci: la corruption de l’esprit public (bien commun, intérêt général) par le reflex sécuritaire.
La grille est un rappel à l’ordre policier, militaire et carcéral. La grille est un couvre-feu (ses horaires d’ouverture/fermeture interdisent l’accès). D’abord les jardins publics, puis des portions d'artères (ce qu’ils nomment « Coulée verte » ou « Promenade du Paillon » est en fait une rue piétonne végétalisée), puis les escaliers d’une église sur la grande avenue commerciale de la ville, et puis…Et puis quoi encore : la Promenade des Anglais ? L’avenue Jean-Médecin toute entière ? …
Que signifie cette propension à grillager toute la ville ?
Peut-être sommes-nous en guerre, civile.
Quel sera l'urbain qui vient ?
Nike Diké, aux niçois qui mal y pensent