
photo Walker Evans 1930
L'étymologie d' "innocence" est rattachée à la racine indo-européenne nek, nok qui veut dire «mort » et qui a donné "nocere" puis "noyer", "nuire". La composition avec le privatif in (sans) donne à "innocence" pour signification étymologique "sans nuire", nuire au sens possiblement premier de causer la mort de quelqu'un. Le positif correspondant n’existe pas.
L'innocent ne pense pas à nuire. L'innocent ne nuit pas. L'innocence se définit par ce qu'elle n'est pas.
L'innocent doit souvent se justifier de ne pas être ce qu'il n'est pas : capable de nuire. C' est, très, fatiguant. Beaucoup plus que de ne pas céder à la tentation, car rien de bien tentant en ce monde : argent, pouvoir, consommation, bof. De qualités médiocres, l'échelle de la destruction qu'ils engendrent est bien trop grande. Rapport coût / bénéfice désastreux.
Ce qui est difficile c'est de ne pas être victime.
Innocent de caractère, dans la pensée, dans l'action, oui. Victime : non.
Etre un naïf lucide.
Ainsi la fermeté dans l'innocence est une bataille. Possiblement même une guerre.
Nous retrouvons cette éthymologie dans "nectar" du proto-indo-européenne * neḱ- ( « mourir, disparaître " ) + tr̥h ( " surmonter " ), à partir de terh ( " à surmonter, passer à travers, traverser " ), la boisson des dieux que boivent les hommes pour oublier la mort.
L'innocent est immortel.
Sonia Grdovic, aux Urbains de Minuit